Lorsque l’Assemblée Nationale Constituante française décide, durant l’automne de l’an I de la Révolution et de la Liberté, de donner un visage nouveau, unifié, à la carte administrative du Royaume de France, son ambition est grande. Mais la majorité des Constituants est loin d’imaginer combien le concept de « département » qu’ils créent va susciter, à travers les décennies et les siècles suivants, et de surcroît à travers les frontières européennes et même les continents, un tel enthousiasme auprès de tous les hommes d’État désireux d’établir dans leurs pays un cadre administratif adéquat.


Aujourd’hui, sur pratiquement tous les continents, un ou plusieurs États ont adopté le département comme degré administratif intermédiaire entre le pouvoir central et les administrations locales. Plusieurs républiques d’Amérique latine, beaucoup des républiques africaines héritières des anciennes colonies françaises sont dans ce cas. Et cela, aux côtés d’une France qui, nonobstant les changements de régime depuis cette époque, que ce soit sous les rois, les empereurs ou les présidents, n’a encore jamais remis en cause la division de son territoire en départements.
Le département « s’exporta » – si l’on peut dire – en premier lieu du fait de la guerre et des premières conquêtes révolutionnaires (automne et hiver 1792/1793). Il ne s’agissait, dans un premier temps, que de donner à la France ses frontières dites « naturelles ». L’objectif fut – partiellement – atteint dès 1797 avec l’annexion (officielle en 1801) des quatre départements cisrhénans.


Dans le même temps, les divers succès des armées républicaines conduites par le général Bonaparte dans la péninsule italienne donnèrent naissance aux premières « républiques-soeurs ». Celles-ci adoptèrent quasiment de manière unanime le département comme subdivision administrative. Une d’entre elles, cependant, fit exception, la République helvétique qui, après moult projets, finit par garder sa subdivision en cantons. Mais ceux-ci perdirent toute autonomie et furent désormais dirigés par des préfets, fonctionnaires publics qui allaient inspirer le premier Consul lorsqu’il choisit de réorganiser l’administration française au début de 1800. On le voit, même si le contenant n’était pas parfaitement identique, le contenu, lui, l’était; c’est bien le modèle départemental qui s’exportait, pas forcément le terme.
Les diverses conquêtes napoléoniennes fabriquèrent une France de 130 départements, comme l’on sait (et même 134, si l’on veut bien compter les départements créés dans la Catalogne-Sud). Mais de nombreux États vassaux, satellites ou alliés de l’Empire français adoptèrent eux aussi le modèle départemental. Dès cette époque même, le modèle fut en outre exporté par le royaume de Hollande dans sa colonie des Indes orientales.


Le modèle était si bien adopté qu’en 1814, à la chute de l’Empire, rares furent les États qui le remirent fondamentalement en cause. Quand bien même ils le firent, ce le fut d’ailleurs bien souvent dans le sens d’une rationalisation plus grande encore (comme dans plusieurs États allemands). Il est en tout cas notable que les divers Bourbons qui retrouvèrent leur trône à cette époque ne remirent pas du tout, ou seulement de manière accessoire, cette nouvelle structure en cause, que ce soit en France, en Espagne et même à Naples.
C’est pourquoi il nous a semblé utile de livrer aux lecteurs ce qui, à ce stade, n’est encore à bien des égards qu’une simple liste de toutes ces subdivisions administratives pour la période allant de 1789 à 1815. Bien des informations manquent encore pour donner un tableau très précis de l’ensemble. Nous remercions par avance tous les lecteurs et chercheurs qui nous apporteraient des éclaircissements sur tel ou tel aspect particulier de cette vaste question.


“Remplacer par une phrase inspirante …”
J-J.S. et E.R.